Pourquoi ne sommes-nous pas tous égaux devant la grippe ?

Publié le 22.11.2011 | par Equipe éditoriale

Certaines personnes en contact avec le virus de la grippe tombent malades et d’autres pas. Des chercheurs américains et français ont tenté d’identifier les mécanismes immunitaires à l’origine de cette inégalité.

Des volontaires en bonne santé ont reçu par voie intranasale une souche du virus influenza A (H3N2) [1] de la grippe saisonnière. Sur 17 personnes inoculées, 9 sont tombées malades tandis que les 8 autres n’ont présenté aucun symptôme clinique. Pour étudier leur réponse immunitaire des échantillons de sang ont été prélevés à 16 reprises pour chaque patient pendant toute la durée de l’expérience soit sur une durée de 132 heures après exposition au virus. Pour chaque échantillon sanguin, l’expression de nombreux gènes appartenant aux cellules du système immunitaire a été analysée et a permis de suivre l’évolution de ces expressions au cours du temps pour un même patient. Les chercheurs ont ainsi découvert les signatures génomiques associées aux symptômes de la grippe.

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Homme malade
Photo :Brawley
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A partir d’une méthode d’analyse mathématique et informatique dite "démélange linéaire bayésien", les groupes de gènes qui sont associés aux symptômes de la grippe et qui sont communs à toute personne en contact avec le virus ont été identifiés soit environ 5000 gènes. Il a été montré que ces groupes de gènes s’expriment différemment pour les personnes qui déclarent la maladie et pour les personnes qui restent en bonne santé. Ces données d’expression génique expliquent la façon dont le système immunitaire réagit et organise sa réponse face au virus de la grippe et permettent d’identifier les sujets susceptibles d’être malades.

Il existerait donc un profil génétique corrélé à l’apparition des symptômes. En effet, certains gènes déclenchent les symptômes et d’autres les inhibent. Deux profils génétiques peuvent être décrits :
- l’un induit un profil inflammatoire (cytokines) qui serait détectable 36 heures avant l’apparition du pic de symptômes grippaux,
- l’autre privilégie la production de protéines antioxydantes qui protègeraient la cellule de l’infection et réguleraient la réponse immunitaire sans déclencher de symptômes.

Ces découvertes pourraient dans l’avenir permettre d’identifier des marqueurs biologiques afin d’évaluer la sévérité potentielle de la maladie chez certaines personnes vulnérables et constitueraient également une nouvelle voie de recherche pour les médicaments.


Source :

Huang, Y., Zaas, A. K., Rao, A., Dobigeon, N., Woolf, P. J., Veldman, T., Øien, N. C., McClain, M. T., Varkey, J. B., Nicholson, B., Carin, L., Kingsmore, S., Woods, C., Ginsburg, G. & Hero, A. O. (2011). Temporal dynamics of host molecular responses differentiate symptomatic and asymptomatic Influenza A infection. PLoS Genetics, 7(8), e1002234. doi:10.1371/journal.pgen.1002234

Temporal dynamics of host molecular responses differentiate symptomatic and asymptomatic Influenza A infection


[1] Souche virale influenza A (H3N2) : A/Wisconsin/67/2005