Propagation du virus H5N1 par les oiseaux migrateurs

Publié le 27.09.2010 | par Equipe éditoriale

Souvent montrés du doigt par les médias comme étant les responsables de la propagation du virus influenza A H5N1 HP à travers le monde, quel rôle les oiseaux migrateurs jouent-ils réellement dans la dispersion du virus ? L’estimation des distances parcourues par les oiseaux infectés asymptomatiques semble les disculper.

Depuis l’apparition de l’épizootie de grippe aviaire, les oiseaux migrateurs sont suspectés de contribuer à la diffusion géographique du virus influenza A H5N1 hautement pathogène. Le gibier d’eau en particulier, porteur asymptomatique de la maladie, pourrait favoriser cette dispersion au cours de ses déplacements. Une étude coréalisée par le Cirad, la FAO, l’USGS et Wetlands International [1] a cherché à préciser le rôle des oiseaux migrateurs, réservoir de l’influenza aviaire.

À partir des données expérimentales obtenues chez 18 espèces d’oiseaux sauvages (canards, oies, cygnes) inoculés avec quatre souches différentes de virus H5N1, la durée de l’infection asymptomatique chez ces espèces a été estimée en moyenne à 4 jours, durée pendant laquelle l’animal est considéré comme contagieux car le virus est excrété sans aucun signe clinique.

Puis, à l’aide d’un suivi télémétrique par satellite Argos, les déplacements des oiseaux migrateurs équipés de balises ont été enregistrés et analysés de 2006 à 2009 (228 oiseaux de 19 espèces différentes). La distance possible de dispersion a pu être évaluée, c’est-à-dire la distance maximale parcourue pendant la durée correspondant à l’infection asymptomatique. Cette distance peut varier de 300 à 1700 km pendant les périodes migratoires et aller jusqu’à 2900 km pour certains oiseaux. Il a aussi été montré que les oiseaux pouvaient parcourir de très longues distances mais sur des temps très courts espacés de longues périodes de repos.

En combinant ces données, il a été estimé qu’un oiseau migrateur pouvait en moyenne disperser le virus H5N1 sur une distance de 500 km pendant les 5 à 15 jours par an où il est infecté. La probabilité pour qu’un oiseau parcoure une longue distance au moment où il est infecté asymptomatiquement est donc faible puisque les vols migratoires se font de façon séquentielle, composés de vols rapides et longs sur 1 à 4 jours espacés de périodes de repos plus longues que les périodes d’infection. La dispersion intercontinentale supposerait alors la nécessité de transmission relais de l’infection entre plusieurs oiseaux migrateurs successivement infectés. Par ailleurs, ces résultats se basent sur une réponse à l’infection identique pour les oiseaux en liberté et ceux captifs, infectés dans des conditions expérimentales contrôlées ; ils supposent que l’infection asymptomatique ne modifie pas la capacité à se déplacer et ne tiennent pas compte d’une immunité pré-existante.

Ainsi, si les oiseaux migrateurs sont capables de transporter le virus H5N1 sur de grandes distances, quelques centaines à quelques milliers de kilomètres, la probabilité pour que cela se produise à l’échelle individuelle reste cependant très faible.

Potential spread of highly pathogenic avian influenza H5N1 by wildfowl : dispersal ranges and rates determined from large-scale satellite telemetry


[1] Gaidet, N., Cappelle, J., Takekawa, J. Y., Prosser, D. J., Iverson, S. A., Douglas, D. C., Perry, W. M., Mundkur, T. and Newman, S. H. « Potential spread of highly pathogenic avian influenza H5N1 by wildfowl : dispersal ranges and rates determined from large-scale satellite telemetry ». Journal of Applied Ecology. doi : 10.1111/j.1365-2664.2010.01845.x