Vers un vaccin antigrippal universel

Publié le 23.08.2010 | par Equipe éditoriale

Une immunisation de type "prime-boost" à partir de l’hémagglutine de virus influenza H1N1 a entraîné chez diverses espèces animales la production d’anticorps neutralisants à large spectre. C’est peut-être le point de départ vers un vaccin grippal universel capable de conférer une immunité large vis-à-vis de différentes souches grippales.

Les virus grippaux évoluent sans cesse par modification progressive de leurs antigènes, l’hémagglutinine (HA) et la neuraminidase, ce qui entraîne une moindre reconnaissance des nouveaux virus par le système immunitaire des espèces qu’ils infectent. La méthode la plus efficace pour prévenir la grippe est la vaccination. Les souches vaccinales entrant dans la composition des vaccins antigrippaux saisonniers doivent alors être régulièrement changées pour y introduire les souches en circulation les plus récentes identifiées par l’OMS.
Une autre méthode serait la création d’un vaccin universel dirigé contre une région invariable des protéines virales et capable d’induire une immunité protectrice vis-à-vis de diverses souches virales.
L’identification et l’analyse structurale des différents anticorps (Ac) neutralisants dirigés contre l’HA virale a permis d’identifier une région antigénique conservée. Mais l’obtention d’Ac neutralisants à large spectre dirigés contre cette zone est difficile par la simple vaccination. Une vaccination génétique suivie d’un rappel hétérologue (administration consécutive d’un vaccins différent dirigé contre le même antigène) pourrait permettre d’améliorer la réponse immune.

Dans cette étude [1], des plasmides codant pour l’HA de virus influenza de sous-type H1N1 ou H3N2 [2] ont été préparés à partir de deux souches différentes et administrés à des souris. La réponse immunitaire a ensuite été stimulée soit par administration d’un vaccin grippal saisonnier soit par administration d’un vecteur adénoviral défectif exprimant l’HA (rAd5 ADN). Les taux d’Ac neutralisants ainsi que leur capacité à neutraliser des souches variantes de virus H1N1 ont été mesurés. Les chercheurs ont ensuite testé si les Ac obtenus conféraient une protection à des souris et à des furets exposés à différentes souches de H1N1 et ils ont mesuré les taux de survie des animaux. L’immunisation prime-boost a également été testée chez des singes.

Comparée à une vaccination simple, l’approche vaccinale prime-boost à partir d’ADN codant pour l’HA de H1N1( ADN/vaccin saisonnier ou ADN/rAd5 HA), a augmenté la production d’Ac à large spectre capables de neutraliser des souches virales H1N1 (1934 - 2007) et d’autres sous-types (H2N2, H5N1). Elle a conféré aux souris et aux furets une protection croisée contre différentes souches virales H1N1. L’analyse des Ac contenus dans les différents immunsérums de souris, de furet ou de singe a confirmé leur spécificité et a montré qu’ils étaient dirigés contre la région conservée de l’HA.

Cette étude qui a pu mettre en évidence des réactions d’immunisation croisée vis-à-vis de différentes souches H1N1 encourage l’application de cette stratégie chez l’homme. Elle pourrait fournir les bases de développement d’un vaccin grippal universel pour l’homme.

Induction of Broadly Neutralizing H1N1 Influenza Antibodies by Vaccination


[1] Wei, C.,Boyington, J., McTamney, P., Kong, W., Pearce, M., Xu, L., Andersen, H., Rao, S., Tumpey, T., Yang, Z. and Nabel, G. « Induction of Broadly Neutralizing H1N1 Influenza Antibodies by Vaccination ». Science (15 July 2010). DOI : 10.1126/science.1192517

[2] Souches vaccinales 2006-2007 :
- A/New caledonia/20/99 (NC) H1N1
- A/Wisconsin/67/05 H3N2